Somnolence au volant : un piège mortel

<< Le 2 septembre 2016, une jeune femme de 23 ans est morte encastrée entre deux camions sur l’A 31 à Mondelange. Le conducteur d’un des poids lourds s’était endormi au volant. Photo archives RL/Gilles WIRTZ 

Selon une étude Ifop/Vinci Autoroute 2017, 34 % des automobilistes du Grand Est reconnaissent s’être assoupis quelques secondes au volant. Quand on sait que 85 % des Français se couchent plus tard la veille du départ en vacances et se lèvent plus tôt que d’habitude le jour J, le risque devient élevé de croiser des somnambules sur l’autoroute pour ce troisième week-end de grands départs 2017. « Dès qu’on commence à gigoter sur son siège, il faut s’arrêter », prescrit le Pr Hervé Vespignani, neurologue et spécialiste du sommeil à Nancy.

« Il a pris la vie de ma sœur »

Les statistiques sont têtues : la somnolence au volant démultiplie les risques d’accident et reste la première cause de dommages mortels sur autoroute (26,5%). En Lorraine, la dramatique collision du 2 septembre 2016, sur l’A 31 à Mondelange, a marqué les esprits. Vers 8h15, la voiture d’une Hagondangeoise de 23 ans a été prise en sandwich entre deux poids lourds, le chauffeur du second s’étant endormi. La conductrice décédait après l’embrasement de son auto, compressée sous la remorque du camion qui la précédait. À son procès, le chauffeur alsacien de 26 ans a expliqué avoir continué sa route, malgré un premier coup de fatigue. « [Au moment du choc], je n’ai rien senti, je me suis endormi d’un coup. » À la barre, le frère de la victime a tenu à parler de l’attitude du prévenu, condamné à trois ans de prison dont 18 mois avec sursis : « Il ne s’est jamais dit qu’il était dangereux pour les autres ; mais il a pris la vie de ma sœur. »

À 66 ans, Raymond Fischer, de Corny (Moselle), connaît cette ignorance du danger de certains professionnels de la route. « Moi, il a fallu des années avant que je comprenne que je souffrais d’apnées du sommeil. Ensuite, j’ai été traité. » Chauffeur routier de métier jusqu’en 2011, le retraité est à la tête d’une association qui traite de ce sujet sensible dans le milieu du transport.

15% des routiers en apnées du sommeil

« Le stress des chauffeurs, c’est être à l’heure au chargement et au déchargement. » Selon une enquête à laquelle il a participé, 12 à 15 % des routiers souffrent d’apnée du sommeil ! « Et il y a beaucoup de déni dans le métier ! »

Au PC des CRS de Champigneulles, le chef Alexandre Gemellaro traque les routiers en infraction. « Oui, je vois souvent descendre de leur cabine des chauffeurs aux traits tirés. Or, à la moindre faute de conduite, 40 tonnes à 90 km/h, ça fait des dégâts. » Le policier le sait : beaucoup contournent la loi pour rouler plus longtemps : « Si on contrôle 15 camions, 2 ont bricolé leurs mouchards. » Dernière arnaque en date : début 2017, un routier qui avait parcouru Tours-Nancy en… une heure, selon son chronotachygraphe électronique. Les policiers ont mis au jour à cette occasion un montage technique discret pour pouvoir rouler malgré les temps de repos obligatoires.

[Au moment du choc], je n’ai rien senti, je me suis endormi d’un coup. 

Le chauffeur alsacien de l’accident mortel de 2016.

Alain MORVAN
Voir l'article de l'Est Républicain du 22/07/2017